La Jordanie et surtout Pétra, cela faisait longtemps que nous voulions y aller.
C’est chose faite, le 29 janvier 2011 nous embarquons pour Aman via Franckfort.
Ce n’est pas la saison idéale du point de vue du climat mais bon on verra bien…


Dimanche 30 janvier

Nous atterrissons à Amman à 3h du matin et rejoignons notre hôtel vers 3h45, tout à l’heure debout à 7h donc peu de temps pour dormir.
8h : notre chauffeur nous attend pour prendre la route des Rois, qui relie Amman à l’Arabie,  depuis 3000 ans des caravanes, des légions romaines ou des pèlerins chrétiens empruntent cette voie très ancienne. Il pleut à verse et les routes de la capitale se transforment rapidement en rivières !!

En cours de route nous nous arrêtons à Madaba et plus précisément sur le Mont Nebo, site de la mort de Moïse qui domine la vallée du Jourdain, que nous devinons dans le brouillard.

 























Dans la basilique ont été retrouvé de superbes mosaïques de l’an 531.
La croix devant la basilique est l’œuvre du Florentin Fantoni, elle représente le serpent soulevé par Moïse dans le désert et le Christ en croix.
A Madaba nous visitons l’église orthodoxe grecque Saint-Georges où se trouvent aussi des mosaïques.
Nous entrons dans un atelier où des personnes handicapées fabriquent ces mosaïques destinées aujourd’hui à la décoration des maisons et à la vente aux touristes. Le travail est très minutieux et la fabrication d’une pièce peu durer plusieurs mois, l’assemblage de certains modèles se fait à la pince à épiler, les morceaux étant de 2 mm de grandeur !
Nous reprenons la route pour un « plongeon » dans la faille du Wadi Al Mujib, le grand canyon jordanien et arrivons pour le déjeuner dans la forteresse de Karak.
C’est sous des trombes d’eau qu’un petit papi nous fait faire la visite du château, site d’une importance considérable en raison de sa position stratégique sur la route de la Palestine. Les vestiges de la forteresse datent des Mamelouks.
Puis c’est reparti sous la grêle et dans le brouillard : génial ! 
Arrivés vers 17h39 dans un petit hôtel  à Wadi Musa, nous faisons une petite balade dans la ville, mais il n’y a que quelques boutiques de souvenirs. La pluie s’est arrêtée mais la patronne de l’hôtel, une canadienne, nous dit que la météo n’est pas terrible pour toute la semaine. Je voudrais juste l’arrêt de la pluie le lendemain pour pouvoir faire des photos pas trop mauvaises du trésor de Pétra, mais bon « incha alla » comme ils disent !!

Lundi 31 janvier

8h notre guide, Toufik, nous attend, il est tout jeune, il nous dira plus tard qu’il a 19 ans.
Il nous laisse aller au visitor center pour prendre les tickets pour entrer sur le site de Pétra, lui, passe par derrière car il n’est pas guide officiel. Nous le retrouvons un peu plus loin, le ciel est blanc mais il ne pleut pas c’est le principal.
Et là commence sur une centaine de km2, la découverte fabuleuse de cette cité construite par les Nabatéens, il y a plus de 2000 ans, qui ont taillé et sculpté de somptueux monuments funéraires dans ce grès rouge strié de blanc, de rose, de rouge, de bleu ou de jaune.
Nous marchons dans le Bab As siq (défilé) qui nous fait déjà passer devant de nombreux tombeaux...
…quand soudain après environ 1km le siq se resserre puis s’ouvre sur un spectacle stupéfiant  : Al Khazneh  : Le Trésor, monument le plus célèbre de Pétra. Sa façade arbore des statues de dieux, d’animaux et de personnages mythologiques.
Une chance, il y a très peu de touristes, déjà car la saison n’est pas la meilleure et ensuite avec les événements qui se passent en Egypte certains ont renoncé  : tant mieux pour les photos !
Nous continuons vers les tombeaux royaux, avec une vue sur le théâtre de 7000 places et la rue des façades bordée de 44 tombes.













Puis c’est l’ascension pour découvrir le trésor d’en haut, cela grimpe bien et les marches ne sont pas régulières, un peu dur pour les jambes mais cela en vaut la peine, la découverte du Trésor par le haut est aussi magnifique. 


















On s’arrête une bonne ½ heure pour l’admirer, avant de redescendre tranquillement. Nous pique-niquons en cours de descente sur un petit promontoire avec une vue sur le village bédu. Seule une vingtaine de familles Bédu vivent encore dans les cavernes ou dans des tentes sur le site de Pétra, les autres ont été relogées dans ce village dans de belles maisons qui dominent le site.
Le chemin mène ensuite à l’église byzantine, nous nous arrêtons pour boire un thé chez un papi qui veut absolument qu’on lui change un billet de 10 euros contre des pièces en euros pour qu’il puisse les changer à la banque, finalement il est heureux car nous lui changeons 15 euros.
Nous empruntons ensuite le Cardo Maximus (rue à colonnade)
Nous avons environ 2 heures de marche jusqu’à notre campement, où nous attend Mohammed notre cuisinier, nous empruntons donc un petit canyon où nous continuons de découvrir une multitude de grottes, certaines servent au repos des ânes qui font les «taxis donkey». La plupart du temps ils sont montés par des enfants qui cherchent le touriste qui voudra bien utiliser leur âne pour aller visiter les sites les plus hauts, et ainsi gagner quelques dinars.
En cours de route nous ramassons du bois pour le feu de ce soir qui servira à la cuisine et aussi à se réchauffer. Jean-Pierre en profite même pour cueillir une sorte de tulipe sauvage qu’il compte bien rapporter à Avignon !
Sur le chemin nous croisons un groupe de 3 chasseurs d’oiseaux, je ne pense pas qu’ils aient grand chose à manger car les oiseaux ne sont pas nombreux !
Une petite pause, encore 1 heure de marche et nous arrivons à notre tente.
Le thé est prêt ainsi que la chicha (ou narguilé), Mohammed est un grand consommateur, Jean-Pierre teste mais il préfère ses cigares.
D’après certaines études, un personne qui fume pendant 1 h la chicha, absorberait l’équivalent de 100 cigarettes !!
Entre deux séances de chicha, Mohammed nous prépare un succulent repas avec du riz, du poulet, des herbes, sans oublier le shrak : savoureux pain bedu. Il y en a au moins pour 10 personnes ! A la fin du repas voyant qu’il y a de quoi nourrir d’autres personnes, Mohammed part chercher son oncle qui habite dans une caverne à quelques kilomètres.
Si la vie tribale a évolué avec les temps modernes, les Bedu ont su conserver leur art de vivre et surtout leur hospitalité. La nourriture joue un rôle social considérable.
L’oncle, musicien, est quelqu’un de très ouvert : bavard, très amusant, il ne se lasse pas de nous raconter des histoires de toutes sortes, de nous poser des devinettes et surtout de nous parler de son ex grand amour avec une française qu’il n’a malheureusement jamais pu rejoindre car il n’est pas assez riche pour obtenir les papiers nécessaires pour partir de Jordanie.
Quelques européennes ont fait le choix de la vie de Bedu dans le village près de Pétra mais tout cela n’est pas évident. 
Chez les bedu un protocole strict règle la jaha (demande en mariage) et tout un tas de personnes sont consultées pour donner leur accord : cousins, frères ... autrefois les cousins de la jeune fille avait la priorité sur n’importe quel autre homme et encore aujourd’hui les mariages entre cousins sont encore assez répandus chez les Bedu.

Vers minuit l’oncle décide finalement de rester dormir avec nous.
Nous nous installons sur des matelas, dans nos duvets mais la tente ne ferme pas et nous ne dormirons pas très bien car il fait assez froid et il y a pas mal de vent.

Mardi 1er février

Après un petit déjeuner composé de thé à la sauge, de shrak (pain bedu) qu’on trempe dans de l’huile d’olive et dans des herbes (au goût de thym) mais aussi, pour nous, de miel et de confiture d’orange, et de délicieux petits gâteaux au sésame, nous partons vers 8h30 pour le monastère (Ad Dayr). Celui-ci se trouve à environ 2 h de marche et par moment d’escalade. A deux ou trois reprises, à mi-hauteur de la montagne, nous marchons sur un sentier de 30 cm de large avec le ravin à droite, sur des rochers branlants, rendus glissants par la pluie qui commence à tomber. Mieux vaut ne pas regarder le vide et ne pas glisser car la chute 800 m plus bas serait fatale !













Mais le risque en valait la chandelle car nous avons une vue magnifique sur les montagnes environnantes et ne rencontrons pas un touriste durant ces 2 heures de marche.
Puis c’est l’arrivée à Ad Dayr temple du 1er siècle de notre ère qui déploie la plus grande façade de Pétra (45 m x 50 m)
L’oncle qui avait fait le chemin avec nous, nous invite dans la grotte où il vit pour nous offrir le thé.











Nous le quittons pour redescendre, 800 marches nous dira Toufik, nous n’avons pas compté mais en tout cas nous descendons pendant 45 mn des marches inégales taillées dans la montagne, qui nous cassent les jambes.
Les ânes, eux, galopent dans les marches ! De petits stands de souvenirs et quelques monuments jalonnent cette descente.
Nous visitons ensuite un petit musée et allons pique-niquer dans le  grand temple. Il faut reprendre des forces car ensuite nous montons au haut lieu du sacrifice , encore des dizaines de marches ! mais là encore la vue est magnifique.
Nous redescendons ensuite sur l’autre versant de la montagne vers la fontaine au lion et la tombe des soldats romains. Les roches ont partout de sublimes couleurs.
Puis à nouveau 2 heures de marche pour atteindre notre lieu de bivouac qui sera pour ce soir une grotte car il pleut toujours légèrement. En cours de route Toufik trouve une pièce nabatéenne qu’il veut absolument nous donner.
Nous arrivons en même temps que Mohammed et Jean-Pierre termine les 500 m restants accroché au 4x4, car à l’intérieur il y a l’oncle qui nous a trouvé sympas et qui est donc revenu pour passer la soirée avec nous, et aussi un petit cousin de 14 ans Smain.
Mohammed et l’oncle se dépêchent d’allumer un feu pour nous faire du thé, nous apprécions d’être au sec dans la grotte. Toufik a alumé des bougies et installé les matelas et nous nous affalons dessus avec joie. JP se masse les mollets avec du synthol car le lendemain si il fait beau nous avons l’ascension du mont Aaron à 1350 m !
Smain qui n’a que 14 ans et qui fait ‘âne taxi’ fume déjà 2 paquets de cigarettes par jour et la chicha ! mais apparemment les parents ne disent rien. 
La soirée est très sympa, la grotte un peu enfumée même si ils n’apportent à l’intérieur que les braises. Le repas est encore super bon : boulettes de viande et petits légumes à la vapeur et des litres de thé à la sauge.
Pas question de toilette, ce sera pour demain matin si il fait beau dehors et que je trouve un petit coin à l’abri des regards et bien sûr ce sera avec des lingettes !
JP ronfle comme un fou, sans doute à cause de la fatigue, et comme ça raisonne dans la grotte personne ne peut dormir!